L'art de savourer!

Savourer l’art 2023 – La soirée

Le 21 septembre dernier, Culture et Patrimoine Deschambault-Grondines, la Biennale internationale du lin de Portneuf et le Pôle gourmand Deschambault-Grondines présentaient la troisième édition de l’événement Savourer l’Art.

Sept chefs de la région se sont inspirés de sept œuvres d’art de l’exposition « Sans domicile fixe », présentée au Moulin de La Chevrotière, pour créer sept bouchées d’exception. Vous êtes curieux de découvrir le déroulement de la soirée, les bouchées servies et les œuvres qui ont inspiré nos chefs? Vous êtes au bon endroit! Voici un résumé de ce parcours artistique et gastronomique unique au Québec! 

Chef : Dennys Cayen, Boulangerie Le Soleil Levain

Bouchée : Inspiration « fricot »
L’œuvre parle d’exile et de déportation, elle m’a ramené à mes ancêtres qui sont d’origine acadienne. Ils ont vécu l’expropriation de leur domicile. De plus, j’ai songé à l’exile de mes parents vers la ville et ma migration familiale en milieu rural. L’inspiration ma bouchée me vient de mes aïeuls. Celle-ci s’inspire du « fricot », un plat traditionnel acadien de façon renouvelée. L’agneau est l’ingrédient principal.

Œuvre : The World in Pieces, par Line Dufour
Le fait d’être sans domicile fixe peut revêtir des sens tout à fait opposés, cette condition de vie pouvant en effet présenter un caractère négatif ou positif selon qu’elle est subie ou choisie. Dans l’oeuvre qu’elle propose, Line Dufour associe l’absence d’un lieu de résidence fixe aux déplacements majeurs, aux changements de pays, voire de continent. Il pourrait donc être question d’exil et de déracinement, lorsque les personnes sont délogées et expatriées à cause des guerres par exemple. On pourrait aussi deviner des histoires de quête d’une vie meilleure se soldant parfois par la réussite, parfois par l’échec. Il pourrait même être question de fabuleux tours du monde. 

 

Chef : Isabelle Dupuis, Microbrasserie Le Presbytère

Bouchée : Brochette de canard séché sous couvert forestier
Mes racines familiales maternelle étant charlevoisiennes, j’ai été immédiatement interpellée par le fait que le lieu de résidence de l’artiste soit Les Éboulements. L’intégration d’ingrédients provenant de la forêt faisant partie de la signature de notre établissement depuis de nombreuses années, le titre de l’œuvre, FORÊT, n’a fait que confirmer mon choix.

L’ingrédient principal de ma bouchée est la poitrine de canard. La sélection de cet ingrédient a été inspirée par plusieurs éléments dont la thématique de l’exposition, Sans domicile fixe, ainsi que par les mots tirés du texte de présentation de l’œuvre : « déplacement », « nomade » et « voyager léger ». Le travail à la plume, souvent privilégié dans la démarche de l’artiste, faisait aussi une belle référence à ce volatile.

C’est son désir exprimé de réactualiser les traditions du savoir-faire ancestral qui m’ont amené à utiliser une méthode de conservation traditionnelle pour apprêter celui-ci. J’ai donc procédé, pour apprêter ma poitrine de canard, par un saumurage suivi d’un enrobage constitué de poivre d’aulne et de poudre de pousses d’épinette pour finalement terminer avec un conditionnement par séchage dans un linge de lin.

Le thé du Labrador et les têtes de violon étant des comestibles forestiers qui représentent bien la forêt, j’ai intégré ces derniers à une mayonnaise qui recouvre ma bouchée. En plus du canard séché, celle-ci est constituée de deux condiments forestiers marinés maison : un bouton de chanterelle et une gousse d’asclépiade. Cette plante étant largement utilisée dans la fabrication de textile, elle était un élément incontournable selon moi. Le tout est embroché sur une branche de sapin et déposé sur une surface recouverte de petites roches.

J’ai représenté la toile de lin qui recouvre l’agglomération de pierres et autres objets au sol par une crêpe aromatisée aux épices forestières. En m’inspirant du dessin accroché au mur qui représente un paysage gaspésien, j’ai hachuré la surface de ma crêpe à la façon de l’artiste avec de l’encre de seiche. Cet ingrédient est une référence au lieu maritime de création de ce dessin, l’île Bonaventure.

Dans le but de représenter l’installation se trouvant au sol et à la manière de l’artiste qui crée son tableau sur les lieux même du paysage, les visiteurs sont invités de façon interactive à recouvrir leur bouchée de cette crêpe afin de la déguster. Ils participent ainsi à la finalisation de mon œuvre, la Brochette de canard séché sous couvert forestier!

Œuvre : Forêt, par Karine Locatelli
Les déplacements font partie intégrante de la démarche créatrice de Karine Locatelli. À la manière d’une géographe, elle arpente et scrute différents types de paysages pour en saisir l’essence et traduire ses observations et ses impressions à l’aide du dessin, de la broderie et de la photographie. L’artiste nomade voyage léger. L’encre, la plume, la toile brute, les aiguilles et le fil, avec l’appareil photo bien entendu, font partie de son équipement de base. Les portions de paysages qu’elle montre, une fois décontextualisées et recomposées, donnent accès à un univers onirique qui invite au voyage et à la découverte.

Chef : Benoit Landry, Brasserie La Fosse

Bouchée : Verrine populaire au pudding salé
Ma bouchée est une verrine qui contient un pudding salé à la courge musquée fumée et au tofu soyeux avec crumble de pain et brunoise de tomates.

L’œuvre représente une rue de sans-abris du quartier skid row de Los Angeles. J’ai voulu recréer dans ma verrine le repas communautaire style soupe populaire pour nourrir les sans-abris. Un repas souvent constitué d’une protéine et de légumes à moindre coût à la fois soutenant et réconfortant.

Œuvre : Skid Row, par Mylène Michaud
Le phénomène croissant des campements de fortune en milieu urbain témoigne de la pauvreté d’une frange de la population et du manque flagrant de ressources mises à la disposition des sans-abris. Dans certaines grandes villes, ces camps abritent un nombre important de réfugiés, de migrants fuyant les conflits ou les persécutions. Sauf dans les zones frontalières où ils peuvent perdurer, ces campements sont habituellement démantelés rapidement. Le tricot est généralement associé au confort, voire au réconfort. Mylène Michaud joue ici du contraste en l’utilisant pour montrer une image plutôt désolante.

Chef : Patrick Roy

Bouchée : Une bouchée expérientielle à la morue servie dans des larmes en terre cuite créées par le chef en personne, qui est aussi artiste potier.

Œuvre : Vale of Tears, par Philip Hare
Il semble qu’au Canada, 25 % à 40 % des jeunes itinérants s’identifieraient aux communautés LGBTQ2S. Partout dans le monde, des homosexuels se voient refuser un logement. Partant de ces données et de plusieurs autres statistiques plus alarmantes les unes que les autres, Philip Hare conçoit une installation qui relate sa propre histoire, son propre drame. Il évoque la vallée de larmes qu’il a dû traverser afin de résister aux agressions émotives et verbales qu’il a subies. Sous l’abri fragile formé par une nappe qui lui vient de sa grand-mère, il expose la lettre dans laquelle son père lui a fait comprendre que, pour lui, il était mort.

Chef : Étienne McKinnon, La Dinette du Cap

Bouchée :
Les ingrédients principaux : prunes, chou-fleur et champignon.

Œuvre : Take me Home (All That Noise in my Head), par Anneke Klein
Le passage à l’âge adulte n’est pas chose simple pour la plupart des gens. Certaines personnes doivent toutefois affronter de sérieux problèmes en ce qui a trait à la quête d’une identité propre, à la construction d’une image de soi qui leur permette de se développer de façon équilibrée. Anneke Klein assimile l’absence de domicile fixe à l’impossibilité de trouver un espace mental qui soit propice à l’atteinte d’une certaine stabilité, d’une forme de paix intérieure. L’oeuvre qu’elle propose dresse en quelque sorte un répertoire imagé des synapses défectueuses, des bogues mentaux qui empêchent certaines personnes de cheminer sereinement sur la route menant à la réalisation de soi.

Chef : Julie Vachon et son équipe, chocolaterie Julie Vachon Chocolats

Bouchée : Pop velvet aux framboises
Le corps physique est incarné par le gâteau framboise. Il représente le côté tangible et flexible du corps. La framboise a été choisie pour représenter la chair et le sang. L’âme fluide, qui se détache du corps est une crème coulante au caramel. La crème représentant ainsi le côté intangible. Les vases de porcelaines sont fragiles comme les coques de chocolat. La bouchée est présentée sur un bâton blanc, en référence à la suspension sur le fil de lin.

Œuvre : Passing Through, par Paula Murray
L’esprit n’a pas besoin d’élire domicile en un lieu physique. Telle est la prémisse de Paula Murray. L’installation qu’elle a conçue regroupe une série d’éléments réalisés en porcelaine, des contenants ouverts dans lesquels les âmes pourraient se poser l’espace d’un instant sans s’y installer de façon définitive. Ils sont en quelque sorte l’antithèse des urnes funéraires dans lesquelles on conserve les cendres des défunts. Retenus ensemble par les fils de lin, ils composent une communauté aux contours souples, aux frontières poreuses, au sein de laquelle nul n’est prisonnier des règles qui ont souvent accablé les mouvements spirituels. 

Chef : Christian Hébert, Domaine Hébert

Cocktail : Salade de fruits au cidre fermier

En bonus, Christian nous donne le recette : Verser l’eau de vie de pomme dans un bol, puis ajouter des gadelles rouges et roses. Mélanger puis laisser infuser. Dans un verre, verser le cidre de pomme fermier Framboise d’Automne du Domaine Hébert, puis ajouter la liqueur infusée de gadelles. Remuer doucement pour distribuer les saveurs des fruits. Ajouter du cassis congelé en guise de glace, puis servir.

Œuvre : Dialogue (2023), par Blair Tate
Le fait d’émigrer implique à la fois des ruptures et l’obligation de créer de nouveaux liens. Les éléments que juxtapose Blair Tate sont assimilables aux compartiments de caisses servant à contenir ce que les migrants apportent avec eux. Certains des objets que ces bagages renferment auront été choisis pour faire partie de la nouvelle vie, d’autres seront inévitablement laissés derrière. L’ensemble des cases devient, par analogie, un espace mental et émotif qu’il faudra réorganiser, compléter, meubler à nouveau afin de créer un univers qui soit viable. 

Nous espérons que vous avez apprécié l’édition 2023 de Savourer l’art! À l’année prochaine! Et n’oubliez pas de jeter un coup d’oeil à notre calendrier gourmand pour ne rien manquer de nos prochains événements. 

Crédits photo
Photos des chefs et des bouchées : Émilie Nault-Simard
Photo des œuvres : Denis Baribault

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22 days ago

[…] septembre 2024 – Savourer l’art au Moulin de La Chevrotière Plus de détails à venir! En attendant, revivez l’édition de […]

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Deschambault-Grondines, c’est une destination gourmande unique et authentique. Un pôle qui réunit visiteurs, producteurs-transformateurs et commerçants. Un milieu de vie attractif pour les citoyens, les touristes et les entrepreneurs.